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Les inondations au Népal révèlent les risques croissants pour l’hydroélectricité dans l’Himalaya

Les inondations au Népal révèlent les risques croissants pour l’hydroélectricité dans l’Himalaya

Les inondations catastrophiques qui ont frappé le Népal ont mis en évidence la vulnérabilité croissante du secteur hydroélectrique du pays, après qu’une avalanche de glace et de roches a déclenché une succession d’inondations et de coulées de débris dans la région himalayenne frontalière. Les opérations de secours se poursuivent sur plusieurs sites hydroélectriques, où des centaines de travailleurs sont portés disparus ou auraient été piégés. La catastrophe a également perturbé une part importante de la capacité de production d’électricité du Népal, soulignant les risques auxquels est confronté un pays qui fait de l’hydroélectricité un pilier de son développement économique.

Pourquoi les inondations au Népal ont-elles provoqué des dégâts aussi importants ?

La catastrophe a commencé par une importante avalanche de roches et de glace à une altitude d’environ 5 200 mètres dans le district de Rasuwa, selon des climatologues de l’Université de Reading. Une partie d’un glacier et du substrat rocheux sous-jacent, estimée entre 1 et 1,3 kilomètre de largeur, s’est détachée du massif de Lirung, entraînant rapidement de la glace, des roches et des sédiments vers la vallée.

Les matériaux se sont ensuite mêlés aux dépôts laissés par une précédente crue glaciaire, bloquant temporairement le cours de la rivière. Lorsque cet obstacle a cédé, une puissante vague d’eau et de débris s’est déversée dans la vallée.

Les inondations qui ont suivi ont détruit ou gravement endommagé des routes, des ponts, des bâtiments et des infrastructures électriques dans certaines régions du Népal et du Tibet voisin. L’ampleur des destructions a rendu l’accès à certaines des zones les plus touchées extrêmement difficile, compliquant les opérations de secours et de recherche.

Dans quelle mesure le secteur hydroélectrique népalais a-t-il été touché ?

Les projets hydroélectriques se sont retrouvés au cœur de la crise, car de nombreux travailleurs se trouvaient sur des sites en construction ou en exploitation lorsque les inondations ont frappé.

Les équipes de secours se concentrent notamment sur les projets Upper Trishuli-1, Upper Trishuli-3A et Upper Trishuli-3B, situés dans les districts de Rasuwa et de Nuwakot. À Upper Trishuli-1, un projet de 216 mégawatts, environ 250 personnes ont été secourues au cours du week-end, selon Reuters. À Upper Trishuli-3A, 42 personnes étaient toujours portées disparues, tandis que 122 personnes étaient considérées comme disparues à Upper Trishuli-3B.

D’autres installations, notamment les projets Chilime, Langtang Khola et Mailung Khola, ont également été touchées. Plusieurs petites centrales hydroélectriques ont fait état de victimes et de dégâts matériels.

Les inondations ont parallèlement réduit la capacité de production électrique du pays. Selon l’Associated Press, environ 700 MW de capacité, soit près de 10 % de la capacité totale du Népal, étaient hors service en raison des dommages subis dans les districts les plus affectés.

La priorité immédiate reste la protection des vies humaines, mais les perturbations montrent également à quel point la concentration des infrastructures peut créer des risques économiques plus larges lorsqu’une catastrophe naturelle majeure survient.

Le changement climatique rend-il l’hydroélectricité himalayenne plus vulnérable ?

Les scientifiques estiment que le changement climatique constitue un élément important du contexte général, même s’il serait inexact d’attribuer directement chaque inondation au réchauffement climatique.

La professeure Maria Shahgedanova, de l’Université de Reading, a déclaré que le recul à long terme des glaciers et la dégradation du pergélisol pourraient avoir contribué à l’instabilité des pentes dans la région de Rasuwa. Le glacier impliqué dans l’effondrement aurait reculé d’environ 450 mètres entre 1990 et 2020. Des températures supérieures à la moyenne cet été pourraient également avoir contribué à l’instabilité, même si les observations disponibles à de telles altitudes restent limitées.

La tendance générale observée dans l’Himalaya est préoccupante. Les recherches montrent que les lacs glaciaires s’étendent à mesure que les glaciers reculent. À l’échelle mondiale, le nombre, la superficie et le volume des lacs glaciaires ont fortement augmenté depuis 1990, ce qui accroît le risque potentiel de vidanges brutales de lacs glaciaires, connues sous le nom de GLOF.

Le Népal est particulièrement exposé car les populations, les routes et les installations hydroélectriques sont souvent implantées dans d’étroites vallées fluviales situées sous des pentes montagneuses abruptes.

Que révèle cette catastrophe sur la stratégie hydroélectrique du Népal ?

Le Népal dispose d’un important potentiel hydroélectrique et s’appuie de plus en plus sur la production d’électricité à partir de ses cours d’eau pour favoriser la croissance économique, renforcer sa sécurité énergétique et développer ses exportations d’électricité.

Cependant, la géographie qui rend le pays favorable à l’hydroélectricité entraîne également d’importants défis en matière d’ingénierie. Les projets au fil de l’eau et d’autres installations sont souvent construits à proximité des rivières, ce qui les expose aux crues soudaines, aux glissements de terrain, aux importantes charges sédimentaires et aux risques glaciaires.

Une étude publiée en 2024 sur les risques liés au changement climatique pour les infrastructures hydroélectriques au fil de l’eau au Népal a établi que 30 projets hydroélectriques, représentant une capacité combinée de 463 MW, avaient été endommagés lors des inondations de juin 2023. Les pertes financières signalées dépassaient 8 milliards de roupies népalaises.

Cette expérience montre que la catastrophe actuelle n’est pas nécessairement un avertissement isolé. Elle vient plutôt s’ajouter à un ensemble croissant de données indiquant que la planification hydroélectrique dans l’Himalaya doit intégrer l’évolution des conditions environnementales sur toute la durée de vie des projets.

Des systèmes d’alerte précoce plus performants pourraient-ils réduire les pertes futures ?

Les experts estiment que l’amélioration des systèmes de surveillance et d’alerte pourrait réduire le nombre de victimes, même lorsque l’effondrement initial d’une montagne ne peut pas être évité.

La professeure Shahgedanova a expliqué que l’avalanche initiale à Rasuwa s’était produite trop rapidement pour permettre une alerte importante à sa source. Toutefois, la surveillance des zones situées en aval pourrait offrir davantage de temps aux populations pour évacuer. Les observations satellitaires et les technologies radar InSAR peuvent contribuer à identifier les changements affectant les glaciers et la stabilité des pentes, notamment dans les régions isolées où la surveillance conventionnelle est difficile.

Le Népal est déjà confronté à une menace importante liée aux vidanges de lacs glaciaires. Selon le Programme des Nations unies pour le développement, le pays a connu 26 événements de type GLOF depuis les années 1970 et compte 47 lacs glaciaires considérés comme potentiellement dangereux. Quatre lacs — Thulagi, Lower Barun, Lumding Tsho et Hongu 2 — ont été identifiés comme nécessitant des interventions urgentes.

Le défi ne consiste donc pas uniquement à prévoir les inondations. Les autorités doivent également relier la surveillance des zones de haute montagne à des réseaux d’alerte capables d’informer rapidement les travailleurs, les populations et les exploitants des infrastructures situés en aval.

Quels changements les développeurs hydroélectriques pourraient-ils apporter ?

La catastrophe devrait renforcer les appels en faveur d’une intégration systématique des risques climatiques dans la planification hydroélectrique, plutôt que de les considérer comme un élément supplémentaire après la conception des projets.

Les futurs projets pourraient nécessiter des évaluations plus détaillées du recul des glaciers, de l’instabilité des pentes, du déplacement des sédiments, des précipitations extrêmes et des risques de vidanges de lacs glaciaires. Les concepteurs pourraient également devoir revoir l’emplacement des équipements essentiels, des logements pour les travailleurs et des voies d’accès dans les zones exposées à des risques en cascade.

Les recherches consacrées au secteur hydroélectrique népalais recommandent déjà de renforcer les systèmes d’alerte précoce, d’adapter les paramètres de conception des infrastructures et d’accroître les investissements consacrés à la résilience climatique.

Les experts ont également souligné l’intérêt de diversifier le système énergétique. Selon l’Associated Press, certains appellent à renforcer la redondance des infrastructures et à développer davantage les sources décentralisées, notamment l’énergie solaire, afin que les dégâts subis par une centrale hydroélectrique ne provoquent pas de perturbations prolongées dans des régions plus vastes.

Que va-t-il se passer maintenant pour le secteur hydroélectrique du Népal ?

À court terme, les équipes de secours resteront concentrées sur la recherche des personnes piégées ou portées disparues sur les sites hydroélectriques, tandis que les autorités évalueront les dégâts causés aux tunnels, aux routes, aux lignes de transport d’électricité et aux installations de production. Les forces népalaises travaillent avec des spécialistes de plusieurs pays, dont l’Inde, la Chine et la Corée du Sud, sur certains sites.

Le défi à plus long terme sera de reconstruire sans reproduire les vulnérabilités révélées par les inondations. Cela impliquera notamment de déterminer quelles installations peuvent être restaurées en toute sécurité, lesquelles nécessitent des mesures de protection supplémentaires et si certains futurs projets doivent être repensés ou déplacés.

Pour le Népal, les enjeux dépassent largement la seule production d’électricité. L’hydroélectricité est étroitement liée aux projets de développement du pays et à ses ambitions d’accroître ses exportations d’électricité. Mais les dernières inondations montrent que l’environnement physique sur lequel reposent ces ambitions est en train de changer.

La catastrophe actuelle finira par laisser place à la reconstruction, mais une question fondamentale demeurera : le Népal pourra-t-il développer son secteur hydroélectrique tout en tenant suffisamment compte d’un environnement himalayen plus chaud et moins prévisible ? La surveillance continue de la stabilité des glaciers, des risques d’inondation, des dommages causés aux infrastructures et des décisions de reconstruction sera donc essentielle pour déterminer à quel point le système énergétique népalais pourra devenir résilient dans les années à venir.

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