Certains des plus grands gestionnaires d’actifs au monde reconstituent leurs positions sur l’or après un net repli des cours, estimant que le métal précieux conserve son rôle de couverture à long terme. Amundi, Pictet Asset Management, Robeco Institutional Asset Management et Fidelity International figurent parmi les sociétés qui auraient renforcé des positions réduites plus tôt en 2026. Ce regain d’intérêt intervient alors que les investisseurs évaluent l’inflation, les incertitudes géopolitiques et les perspectives du dollar face au risque que des taux d’intérêt américains plus élevés limitent les nouvelles hausses.
Pourquoi les grands gestionnaires de fonds reconstituent-ils leurs positions sur l’or ?
Les achats récents témoignent d’une évolution de la manière dont les investisseurs institutionnels considèrent l’or après sa forte progression, puis son recul. Amundi, le plus grand gestionnaire d’actifs d’Europe, prévoit que le métal jaune atteindra 5 000 dollars l’once d’ici la fin de 2026. Parallèlement, des gestionnaires de Pictet Asset Management, Robeco Institutional Asset Management et Fidelity International ont renforcé des positions réduites plus tôt dans l’année.
Cette reprise des achats ne constitue pas nécessairement un pari uniforme sur une hausse immédiate. Des entretiens menés auprès de plus d’une douzaine de gestionnaires d’actifs, dont les sociétés supervisent ensemble 27 000 milliards de dollars, ont révélé que tous avaient soit reconstitué leurs positions sur l’or ces dernières semaines, soit maintenu des allocations favorables au métal. Plusieurs ont toutefois averti qu’un mouvement durable au-dessus du récent plafond de 4 600 dollars l’once pourrait être difficile.
Pour les investisseurs, cette distinction est importante. L’or est désormais considéré comme un actif stratégique plutôt que comme un simple placement à court terme. Son attrait réside dans sa capacité potentielle à diversifier les portefeuilles lorsque les actions, les obligations ou les devises sont sous pression.
Comment les cours de l’or ont-ils baissé avant la reprise des achats ?
L’or a atteint un record historique proche de 5 600 dollars l’once en janvier, avant de reculer pendant une grande partie de 2026. La hausse des prix de l’énergie et les chocs inflationnistes liés à la guerre contre l’Iran ont contribué à cette baisse, qui a rapproché le métal de 4 000 dollars l’once en juin. Ce recul a créé une occasion d’achat pour les fonds qui avaient réduit leur exposition auparavant.
Michael Cuggino, président de Permanent Portfolio Family of Funds, a décrit le mouvement vers 4 000 dollars comme une bonne occasion d’achat pour les investisseurs qui ne détenaient pas encore d’or. Il a estimé que les facteurs macroéconomiques à long terme restaient favorables, tout en anticipant des sommets et des creux progressivement plus élevés.
La reprise qui a suivi n’a toutefois pas effacé les risques. Le prix de l’or reste sensible aux taux d’intérêt réels, à la vigueur du dollar américain et à l’évolution de la demande des investisseurs. Comme il ne verse pas d’intérêts, la hausse des rendements obligataires peut le rendre moins attractif par rapport aux actifs générant des revenus.
Qu’est-ce qui stimule la demande des banques centrales ?
Les achats des banques centrales sont devenus un élément important de la thèse favorable à l’or. Le World Gold Council a indiqué que la demande du secteur officiel avait fortement rebondi au deuxième trimestre, avec des achats nets de 289 tonnes entre avril et juin, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré pour un deuxième trimestre.
Pour Arnout van Rijn, de Robeco, l’accélération des achats des banques centrales a constitué une raison majeure de renforcer l’exposition à l’or. Il a estimé que le métal était devenu une composante plus largement acceptée des portefeuilles traditionnels, plutôt qu’un actif détenu uniquement en période de crise.
Cette demande offre une base différente de celle du trading spéculatif. Les banques centrales peuvent détenir de l’or dans leurs réserves, tandis que les gestionnaires d’actifs l’utilisent pour diversifier les portefeuilles et se protéger contre les risques économiques et géopolitiques. Cette combinaison explique pourquoi certains investisseurs restent optimistes malgré une correction importante des cours.
Comment la politique de la Réserve fédérale influence-t-elle l’or ?
La Réserve fédérale américaine demeure un facteur central des perspectives. La hausse des rendements des bons du Trésor et l’augmentation des anticipations d’au moins une nouvelle hausse des taux avant la fin de 2026 ont rendu l’environnement plus difficile pour le métal jaune. L’or ne verse pas d’intérêts, si bien que des rendements plus élevés sur les obligations d’État peuvent réduire son attrait relatif.
La confiance des investisseurs a été mise à l’épreuve par le discours du président de la Fed, Kevin Warsh, le 28 août lors du symposium de Jackson Hole. Il a averti que l’inflation américaine ne ralentissait pas de manière significative vers l’objectif de 2 % de la banque centrale, ce qui a conduit les marchés à accroître leurs anticipations de resserrement monétaire.
Lorenzo Portelli, responsable de la stratégie multi-actifs à l’Amundi Investment Institute, a déclaré que la société aurait besoin d’une meilleure visibilité sur la trajectoire des taux de la Fed avant d’envisager de nouveaux achats après ceux d’août. Cette remarque souligne la prudence qui accompagne la reprise des positions sur l’or.
Pourquoi les investisseurs considèrent-ils encore l’or comme une couverture de portefeuille ?
L’argument en faveur de l’or est de plus en plus lié à la diversification. Sophie Huynh, gestionnaire de portefeuille et stratégiste chez BNP Paribas Asset Management, a déclaré que la relation entre le métal jaune et les actifs risqués, comme les actions, s’était affaiblie. Selon elle, cela suggère que le rôle traditionnel de couverture de l’or a retrouvé de l’importance après une période de trading spéculatif.
Elle a estimé que le métal était désormais soutenu par des facteurs fondamentaux, notamment les achats des banques centrales et la demande des gestionnaires multi-actifs à la recherche d’une protection de portefeuille. Cette évolution est importante, car la valeur de l’or pour les investisseurs institutionnels dépend non seulement de son prix, mais aussi de son comportement lorsque d’autres actifs reculent.
Ray Dalio, fondateur de Bridgewater Associates, a également averti que les investisseurs devraient réduire leurs positions obligataires et consacrer jusqu’à 15 % de leur argent à l’or pour se protéger contre le risque d’une crise de la dette américaine. Ses commentaires sont intervenus alors que les rendements des bons du Trésor à long terme atteignaient des sommets pluriannuels.
Cependant, tous les investisseurs ne partagent pas la même évaluation de l’avenir du dollar. Christopher Hamilton, d’Invesco, a déclaré qu’il n’existait pas de remplacement évident pour la monnaie américaine, même si les investisseurs continuaient à diversifier leurs portefeuilles. Cela laisse penser qu’une réallocation progressive vers l’or pourrait être plus durable qu’un déplacement spectaculaire hors des actifs libellés en dollars.
Que révèlent les récents flux vers les fonds aurifères ?
Le regain d’appétit se manifeste également dans les positions sur les contrats à terme. Les données suivies par la Commodity Futures Trading Commission ont montré que la position nette acheteuse des fonds sur l’or avait atteint, durant la semaine terminée le 25 août, son niveau le plus élevé de 2026.
Cette hausse indique que les investisseurs devenaient plus constructifs sur l’or après la précédente vague de ventes. Néanmoins, les données de positionnement ne permettent pas, à elles seules, de déterminer quelle part des achats est stratégique, spéculative ou destinée à la couverture. Les commentaires plus larges des gestionnaires institutionnels suggèrent que nombre d’entre eux reconstituent leurs allocations dans une perspective de long terme.
La performance récente du métal illustre également les difficultés de timing. Le rebond depuis les points bas de juin a renforcé la confiance des acheteurs, mais un mouvement durable au-dessus de 4 600 dollars resterait confronté à la pression des rendements obligataires élevés et des anticipations de politique monétaire plus stricte.
La reprise de l’or peut-elle se poursuivre malgré des taux d’intérêt plus élevés ?
Les perspectives restent partagées entre une demande structurelle favorable et des vents contraires monétaires à court terme. Les achats des banques centrales, la diversification des portefeuilles et les inquiétudes concernant le rôle du dollar comme réserve de valeur continuent de soutenir l’intérêt des investisseurs. En revanche, la perspective d’un nouveau resserrement de la Fed pourrait limiter le rythme de toute progression.
Anthony Saglimbene, stratégiste en chef des marchés chez Ameriprise Financial, a déclaré que les investisseurs se détournaient du dollar au profit d’actifs tangibles, notamment l’or et le bitcoin, en raison de leurs préoccupations concernant la crédibilité budgétaire des États-Unis. Kevin Khang, responsable de la recherche économique mondiale chez Vanguard, a lui aussi lié la reprise de l’or aux inquiétudes renouvelées concernant le rôle du dollar comme réserve de valeur.
Ces points de vue montrent que le débat se poursuit sur l’équilibre entre politique monétaire et diversification à long terme. Alors que certains gestionnaires estiment que l’or reste sous-évalué après son repli, d’autres soulignent que la prochaine étape de sa reprise dépendra des anticipations de taux d’intérêt et de la solidité de la demande des banques centrales.
Que va-t-il se passer maintenant pour les investisseurs en or ?
La prochaine phase du marché de l’or dépendra de la capacité des facteurs favorables aux achats institutionnels à l’emporter sur la pression exercée par la hausse des rendements. Les gestionnaires d’actifs continueront probablement de surveiller la politique de la Réserve fédérale, les achats des banques centrales et l’évolution du dollar américain avant de décider d’augmenter davantage leurs allocations.
Pour les lecteurs, l’importance plus large de cette évolution est que l’or est de plus en plus considéré comme une composante normale des portefeuilles d’investissement diversifiés, plutôt que comme un actif réservé aux périodes de crise. Cela ne garantit pas de nouvelles hausses des cours, mais suggère que la demande pourrait rester plus résiliente que lors des précédents rallyes spéculatifs. Les prochains mois permettront de déterminer si cette confiance institutionnelle renouvelée peut porter l’or au-delà de sa récente fourchette de négociation.