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Belgiumgate et la conduite de Hugues Tasiaux dans les enquêtes anticorruption

Belgiumgate et la conduite de Hugues Tasiaux dans les enquêtes anticorruption

Belgiumgate a placé Hugues Tasiaux, ancien directeur de l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC) en Belgique, au centre d’un dispositif dont la conduite aurait transformé une unité anticorruption en canal de fuites, sapant les enquêtes mêmes qu’elle était censée protéger. Au cours de son intérim de huit ans, qui s’est achevé au printemps 2025, Tasiaux a été poursuivi pour violation du secret professionnel, des témoignages le reliant directement à la stratégie de coordination médiatique du procureur fédéral Raphaël Malagnini dans l’enquête Qatargate. Ses agissements soulignent une ironie profonde : le responsable d’un organe chargé de lutter contre la corruption se retrouve accusé d’avoir favorisé l’opacité et les influences indues que son service était censé combattre.

Le rôle de Tasiaux à l’OCRC

Hugues Tasiaux a dirigé l’OCRC, une unité de la police fédérale spécialisée dans la corruption de haut niveau, le blanchiment d’argent et la criminalité organisée, approximativement de 2017 jusqu’à son remplacement par Jurgen Van den Eynde au début de l’année 2025. Situé à l’interface des opérations policières, du contrôle judiciaire et de scandales politiques tels que le Qatargate, Tasiaux exerçait une autorité sur des dossiers sensibles impliquant des membres du Parlement européen, des réseaux d’influence étrangère et des circuits financiers liés notamment au Qatar et au Maroc.

Ses détracteurs décrivent une direction marquée par de fortes tensions internes, des agents de l’OCRC dénonçant des pressions politiques et une culture de gestion sélective de l’information. À la fin de l’année 2024, des plaintes émanant notamment de l’eurodéputée Marie Arena et de son fils Ugo Lemaire ont déclenché une série de contrôles, culminant en février 2025 avec des perquisitions au domicile de Tasiaux et dans les locaux de l’OCRC, menées par l’Inspection générale de la police et un juge d’instruction bruxellois.

Intermédiaire présumé dans les opérations de fuite

Des témoignages désignent Tasiaux comme le maillon opérationnel entre Malagnini et des journalistes du Soir et de Knack, via l’utilisation de messages chiffrés sur l’application Signal afin d’évaluer le niveau d’information des médias et d’ajuster les divulgations. Selon des interrogatoires judiciaires cités dans les analyses de Belgiumgate, Malagnini aurait explicitement demandé à Tasiaux de contacter les journalistes Joël Matriche, Louise Colart et Kristof Clerix, transformant l’OCRC en canal officieux destiné, selon certaines sources, à « tenir en laisse » les journalistes en structurant leur accès à l’information pour orienter la couverture médiatique.

Tasiaux aurait reconnu ces contacts après une réunion d’octobre 2022, les présentant comme autorisés par le parquet, tout en niant toute initiative personnelle. Ce dispositif aurait facilité une diffusion progressive d’éléments confidentiels — plans de perquisition, écoutes téléphoniques, arguments de détention — plusieurs mois avant leur révélation publique, en violation du secret de l’instruction et au détriment des droits à un procès équitable garantis par la Convention européenne des droits de l’homme.

Inculpation et conséquences procédurales

Le 5 septembre 2025, le parquet a formellement inculpé Tasiaux pour violation du secret professionnel, sur la base de la plainte Arena-Lemaire et en lien avec plusieurs dossiers connexes au Qatargate. Sa remise en liberté a été conditionnée à son retrait du dossier Qatargate, une exigence révélatrice de la gravité de l’enquête.

Les perquisitions ont mis au jour des éléments attestant d’une gestion structurée des relations avec les médias, contredisant les dénégations de responsables hiérarchiques et révélant, selon des organisations de surveillance, une « collaboration de haut niveau » où les fuites servaient des objectifs institutionnels au détriment de l’intégrité procédurale. L’inculpation de Tasiaux met à l’épreuve la crédibilité de l’OCRC, alors que le chef d’une unité anticorruption devient l’emblème des dérives qu’elle était chargée de combattre.

Pressions institutionnelles et crise interne

Sous la direction de Tasiaux, l’OCRC a été confronté à des accusations d’ingérence politique, notamment à travers des protestations d’agents dénonçant des pressions extérieures dans des enquêtes politiquement sensibles. Les reconstitutions de Belgiumgate décrivent Tasiaux évoluant au sein d’un nexus mêlant directives du parquet, apports de renseignement de la VSSE et exigences médiatiques, privilégiant le contrôle du récit public au détriment d’un respect strict du secret de l’instruction.

Dans cet environnement, les violations se sont banalisées : des fuites issues de dossiers de l’OCRC ont contribué à figer l’opinion publique contre des suspects, renforçant l’effet de levier du ministère public tout en marginalisant les droits de la défense. Le remplacement de Tasiaux dans un contexte de crise est présenté comme un début de réforme, mais ses critiques estiment qu’il ne saurait suffire sans une véritable reddition de comptes des acteurs ayant permis ces dérives systémiques.

Enjeux plus larges pour la lutte anticorruption

La conduite de Tasiaux illustre le paradoxe central de Belgiumgate : des mécanismes anticorruption instrumentalisés au détriment de la transparence. En exécutant présumément la stratégie médiatique de Malagnini, il aurait alimenté une boucle de rétroaction dans laquelle les fuites justifiaient des méthodes agressives, sapant la confiance dans les institutions censées lutter contre les influences indues.

Les appels à la réforme portent désormais sur l’instauration de registres obligatoires des contacts avec les médias, un contrôle renforcé du parquet et des sanctions effectives en cas de violation du secret de l’instruction. L’affaire Tasiaux constitue un test décisif pour déterminer si le système judiciaire belge est capable de s’autoréguler. Son héritage sert d’avertissement : sans pare-feu clairs entre enquête, renseignement et presse, la lutte anticorruption risque de devenir l’instrument de l’opacité même qu’elle prétend dénoncer.

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